« L’atelier épistolaire » Dispositifs génétiques dans la correspondance de Stendhal

Ecole Normale Supérieure
45, rue d’Ulm – 75005 ParisSéminaire général de l’ITEM :
« Genèse et correspondance »Samedi 3 février 2007
de 10h à 12h, Salle Dussane Brigitte Diaz
(Université de Caen)

« L’atelier épistolaire »
Dispositifs génétiques dans la correspondance de Stendhal

Comme beaucoup d’écrivains de son siècle, c’est par la médiation de la correspondance qu’Henri Beyle a investi le champ littéraire. Le jeune homme des années 1800 qui délivre à sa sœur des cours de « métaphysique littéraire » par correspondance gère par lettres sa propre formation de « poète ». La correspondance est un terrain d’essai où pratiquer des exercices de style, programmer les œuvres à venir et négocier fantasmatiquement son entrée en littérature. Bien plus qu’à la genèse des œuvres la correspondance est alors vouée à la genèse de soi comme écrivain. Dans ce contexte, la lettre est davantage « brouillon de soi » qu’avant-texte d’une œuvre à venir. C’est là une première et essentielle fonction génétique de la correspondance.
Stendhal devenu écrivain, la correspondance conserve pour lui un lien étroit avec la création littéraire, selon des usages qui vont varier au cours de sa carrière. Dans les premières années de création, la correspondance fonctionne comme une sorte d’atelier d’écriture, où les œuvres s’élaborent dans la convivialité féconde du dialogue épistolaire. De cette influence de la lettre témoignent les premières créations. Elles exploitent abondamment le modèle épistolaire sous des avatars divers : Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, Racine et Shakespeare… On verra comment dans la polyphonie épistolaire s’activent alors quantité de liens qui révèlent les multiples modalités de production de l’œuvre. On peut y suivre à la lettre le processus qui mène des ébauches de l’œuvre jusqu’à sa réception, en passant par toutes les étapes d’une gestation mise à l’épreuve du sens critique des correspondants, et cela jusqu’à la composition éditoriale du livre que Stendhal souvent programme dans l’atelier épistolaire avec ses « collaborateurs ». Il semble cependant que, dès la publication du premier roman (Armance, 1827), la correspondance perde progressivement ses fonctions génétiques, tout en gardant pour horizon la littérature : celle que l’écrivain commente et critique via le dialogue épistolaire avec ses pairs, mais surtout celle qu’il produit. La correspondance se voue alors au débat critique et à la réflexion esthétique, la genèse de l’œuvre proprement dite passant par d’autres protocoles.
Quelles que soient ses fonctions cependant, la correspondance a tenu un rôle essentiel dans l’élaboration du projet littéraire et du devenir écrivain de Stendhal. Si le journal, les notes marginales, les manuscrits des textes en gestation sont des outils indispensables pour comprendre la genèse des œuvres, la correspondance est un autre révélateur de ces dispositifs génétiques, plus « impure » certes, parce qu’elle n’est pas uniquement vouée à la genèse de l’œuvre, mais aussi à une pratique beaucoup plus large de sociabilité littéraire. Dans l’espace de la création stendhalienne la correspondance occupe des places et des fonctions variables sans jamais se réduire à un simple discours d’escorte de l’œuvre. De la lettre au livre se tisse un réseau de connexions mobiles, parfois imaginaires le livre comme une « lettre à un ami » est un rêve stendhalien – mais aussi parfois très concrètes, la lettre se posant comme un autre pilotis de l’œuvre.

Coordination.
Françoise Leriche (francoise.leriche@wanadoo.fr)
Alain Pagès (pagesal2@wanadoo.fr)

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