Les Deux Sœurs, Jérôme Garcin, Gallimard, 2007.

Le personnage-narrateur de Les Sœurs de Prague de Jérôme Garcin a décidé de récrire Armance, le premier roman de Stendhal. Son Octave à lui n’est pas un babilan mais un grand fouteur qui trompe Armance et obtient un poste de ministre de Louis XVIII. À noter que ce narrateur, pour se lancer dans cette entreprise d’un remake de Stendhal, s’autorise du fait que Jacques Laurent a écrit une suite de Lucien Leuwen (sur ce point, il se trompe, Jacques Laurent a écrit La Fin de Lamiel – 10/18, 1965, Bartillat, 1995). Mais l’écriture de cet Armance2 est perturbée par les relations avec une agent littéraire dynamique et sans scrupules venue de Tchécoslovaquie. Dont la sœur débarque à la page 55, d’où le titre.

 

Le projet stendhalien est abandonné au profit d’un récit portant sur la relation mouvementée avec les deux sœurs. Stendhal n’est pourtant pas oublié car le personnage-narrateur (tout comme l’auteur à qui il ressemble beaucoup) lui est très attaché. Henry Brulard lui sert même d’antidépresseur. Il voit en Beyle un inventeur du SMS (« J. vaisa voirla5 »). La page 52 est consacrée au moment où Stendhal s’arrête sur les marches de San Pietro in Montorio : « Il serait bien temps de me connaître. Qu’ai-je été ?, que suis-je en vérité ? Je serais bien embarrassé de le dire. » Question que se pose aussi le narrateur.

 

Le roman est bien mené, enlevé, se lit avec plaisir. A-t-il quelque chose de stendhalien ? Non, et ce n’était sans doute pas le propos de l’auteur. D’abord c’est une œuvre de fiction en « je » (avec proximité auteur-narrateur) et l’on sait que Stendhal n’a jamais écrit de roman de ce type. Surtout, le roman de Garcin colle à l’actualité, évoque de nombreux noms connus (qui ne le seront plus dans vingt ans). Stendhal estimait que c’était un gage de succès immédiat, mais, revers de la médaille, la garantie d’un vieillissement rapide de l’œuvre. Dans leur introduction aux œuvres romanesques (nouvelle édition de la Pléiade), Yves Ansel et Philippe Berthier montrent bien cette préoccupation de Stendhal de faire passer la gloire posthume avant la gloire anthume. Il retravaille soigneusement ses textes pour qu’ils expriment le réel sans y coller. Il ne figure pas,mais transfigure.

Paul Desalmand


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