Stendhal, le désir de cinéma suivi des Privilèges du 10 avril 1840 de Stendhal

Laurent Jullier & Guillaume Soulez, Stendhal, le désir de
cinéma
suivi
des Privilèges du 10 avril 1840
de Stendhal.
Coll. Carré Ciné, édition Séguier-Archimbaud, 2006

En avril 1840, Stendhal rédige les Privilèges. A
travers ces étranges rêveries de toute-puissance, se lit une sorte de
préfiguration des pouvoirs du dispositif cinématographique qui sera mis
au point cinquante ans plus tard. Comment ce désir de cinéma entre-t-il
en résonance avec le réalisme si particulier de Stendhal, souvent
illustré par le travelling imaginaire du miroir que l’on promène le long
d’un chemin dans Le Rouge et le Noir? Les auteurs ont mené
l’enquête au sein de la réflexion esthétique stendhalienne. Ils
décrivent l’effet sur Stendhal de la transformation du spectateur en ce
début du dix-neuvième siècle, avec l’apparition des nouvelles machines à
images. Ils reviennent sur sa théorie de la sensation, en particulier à
l’aune des recherches contemporaines sur les expériences de pensée et
les mondes possibles. Pourquoi ce montage des reflets auquel se livre
Stendhal nous apparaît-il aujourd’hui comme quelque chose de
cinématographique?

Enjeux de l’oouvrage :

– A partir de Stendhal, comprendre comment la « pensée-cinéma » – la façon
dont les films et leurs cinéastes pensent notre rapport au temps, à la
réalité du monde, à notre corps et à notre perception, etc. – naît et se
développe dans la littérature, avant (Stendhal, Baudelaire) puis après
(Proust, Barthes) l’invention du Cinématographe par les Frères Lumière
(1895).

– Situer la réflexion stendhalienne – en particulier sa théorie de la
sensation – dans la mutation qui se produit au début du XIXe s. avec
l’invention de nouvelles machines à images (phénakistiscope,
stroboscope, diorama, géorama). Celles-ci préfigurent le double
dispositif paradoxal du cinéma illustré par le générique du Mépris
de Godard : interroger le représenté et proposer un processus
d’identification « qui s’oaccorde à nos désirs », comme le propose déjà le De
l’amour
de Stendhal.

– Revenir sur l’interprétation traditionnelle de la définition
stendhalienne du roman, comme « miroir que l’on promène le long d’oun
chemin » (in Le Rouge et le Noir, 1830), entendu jusqu’à
présent comme une sorte de « photographie » du réel en mouvement,
définissant le réalisme stendhalien, alors que la photographie n’a pas
encore été inventée et que la notion de miroir revêt d’abord un sens
moral, politique et satirique. Ce qui propose un tout autre rapport
entre l’écriture et la réalité.

– Comprendre l’importance de la question de la « position »(sociale,
visuelle, imaginaire) dans l’esthétique de Stendhal pour montrer comment
elle préfigure les jeux cinématographiques autour du « point de vue ».
Suivre par ce biais le parcours de cette notion du cinéma à la
littérature (roman américain, Nouveau roman) et retour.

– Proposer une lecture contemporaine de la pensée-cinéma de Stendhal
avec l’aide de la théorie des mondes possibles et celle des expériences
de pensée.

Auteurs :

Laurent Jullier est professeur à Paris III-Sorbonne Nouvelle. Il a écrit
de nombreux livres sur le cinéma dont Hollywood et la difficulté
d’aimer
, chez Stock (prix du meilleur essai 2004 du Syndicat
français de la critique de cinéma).

Guillaume Soulez est maître de conférences à Paris III-Sorbonne
Nouvelle, associé au CNRS. Agrégé de lettres, ancien élève de
l’ENS-Lettres et Sciences Humaines, fondateur de la Voix du regard,
il a dirigé plusieurs numéros de revue, dont Penser,
cadrer : le projet du cadre
(L’Harmattan).

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