Archive for the 'Appel à contribution' Category

Stendhal Milanese Un classique transnational ? Appel à contribution

L’Année Stendhalienne n°19,
Année 2020

Stendhal Milanese
Un classique transnational ?

La tombe d’Henri Beyle est un lieu de mémoire franco-italien. On connaît le texte de son épitaphe, rédigé par lui puis partiellement corrigé par son cousin et exécuteur testamentaire Romain Colomb. On le redonne ici, tel qu’imaginé par l’écrivain dans les Souvenirs d’égotisme (manuscrit conservé à la bibliothèque municipale de Grenoble sous la cote R. 300 (bis) Rés., f°135) :

Errico Beyle
Milanese
Visse
Scrisse
Amó
[…]

Henri Beyle n’a donc été enterré, suivant sa volonté, ni sous son véritable nom, ni sous son pseudonyme (germanique) le plus connu, ni dans sa langue maternelle, ni comme Français. Ces modifications profondes de son état civil et de son identité sociale ont l’intérêt d’une énigme. On voudrait les prendre au sérieux, et savoir dans quelle mesure l’affirmation première et fondamentale contenue dans ces lignes est vraie : « Errico Beyle Milanese ».
Cette question a été principalement abordée sur le mode biographique : plus d’un siècle de science stendhalienne nous permet de connaître dans le détail les rencontres, les amis, les amours, les adresses, l’emploi du temps d’Henri Beyle à Milan, dans les différentes périodes où il y a vécu. L’objet de ce numéro est de réfléchir, d’abord, à partir de ces données et de toute donnée historique et socioculturelle utile, à la fonction qu’a eue Milan dans la formation et dans la création d’Henri Beyle. Il est, ensuite, de cerner cette particularité – qui règle en partie le statut de Stendhal dans le panthéon national français – qu’il est à la fois un classique de la littérature française et un écrivain « transnational ». « Stendhal », figure de l’exil, figure de l’interaction des cultures, figure de l’Empire aussi, dénie la solidité des frontières, tout en accentuant les différences culturelles.
Ainsi, qu’est-ce que cela a d’intéressant, de pertinent, dans la perspective de l’histoire de la littérature, d’affirmer que Stendhal est un écrivain milanais ?
Ce sujet de réflexion invite à développer les points suivants :
Le contexte culturel et politique des premières publications stendhaliennes :
• Milan, capitale impériale : la spécificité de la situation politique lombarde dans les années 1810-1820 ; le carbonarisme ;
• Milan comme interface culturelle entre Italie, Allemagne, Autriche-Hongrie, France et Royaume-Uni dans cette période (tradition intellectuelle des Lumières, forte présence de l’imaginaire renaissant, circulation des imprimés, des idées et des savoirs contemporains, présence de la culture germanique, influence des cultures française et britannique, etc.) ;
• La francophonie dans le Milan de ces années, l’existence d’une communauté française en Lombardie, et d’une communauté lombarde à Paris dans les années 1820 (autour de Giuditta Pasta par exemple) ;
• La vie des revues libérales, patriotiques et romantiques à Milan sous la Restauration ; l’existence d’un foyer bonapartiste en Lombardie ;
• Plus généralement, la vie intellectuelle et artistique milanaise (arts plastiques, musique, danse, littérature, sciences, sciences humaines, droit). La Scala : ce qu’on y voit et ce qui s’y joue.
Une littérature de l’exil ?
• L’entrée d’Henri Beyle dans la carrière d’écrivain à Milan. Peut-on caractériser la littérature écrite par Stendhal à Milan comme une littérature de l’exil et pourquoi ? Le nom « Stendhal » : en quoi est-il milanais ? Les choix éditoriaux d’Henri Beyle.
• L’enjeu interculturel dans les premières créations stendhaliennes et dans la correspondance (thématisation de la différence culturelle, comparaison des cultures, thématisation de la rencontre des cultures, thématisation du voyage, du nomadisme, thématisation de l’exil) ;
• Comment analyser les textes que Stendhal consacre à Milan et aux Milanais dans les années 1800-1820 (historiographie, histoire de l’art, science politique, anthropologie) ? Comment s’articulent « Italie » et « Lombardie » dans la vision politique de Stendhal ? Comment sont représentées Milan et la Lombardie dans les fictions stendhaliennes ?
• Les textes de Stendhal écrits à Milan : éléments de poétique, de génétique et de stylistique concernant l’écriture des Vies de Haydn, Mozart et Métastase, de l’Histoire de la peinture en Italie, de Rome, Naples, Florence en 1817, de la Vie de Napoléon, de De l’amour.

Les propositions (de 300 mots environ et précisées par un titre), sont à remettre à François Vanoosthuyse (vanoosthuyse.f@gmail.com), accompagnées d’un CV court, avant le 3 décembre 2018.

Stendhal, le réel et le réalisme

STENDHAL, LE RÉEL ET LE RÉALISME

Colloque organisé par Stendhal Aujourd’hui les 22 et 23 mars 2019.

Alors qu’une longue tradition avait fait de lui un psychologue, Stendhal devient en 1954, grâce à Aragon, le représentant éminent sinon l’inventeur du « réalisme critique » ; la même année, Georges Blin publiait un essai désormais classique consacré au « réalisme subjectif » dans les romans de Stendhal. Bien qu’il n’ait jamais employé le terme « réaliste », Stendhal est le premier à rendre compte du monde tel qu’il est, selon une esthétique qu’il a théorisée. Fondateur du « réalisme sérieux des temps modernes » (Auerbach), il a dit « l’âpre vérité » et respecté les « droits de fer de la réalité ». Réaliste, certes, et l’assertion tient du lieu commun ; mais qu’en est-il des rapports de la vérité et de l’invention, du romanesque et du réel, bref du « vrai fictif » ou du « mentir vrai » chez cet écrivain qui n’est pas qu’un simple copiste de la réalité, et chez qui néanmoins la fiction se nourrit de l’actualité, même s’il laisse beaucoup à faire à l’imagination du lecteur ?

On évoquera sa conception et sa pratique du réalisme dont on précisera les enjeux, en évaluant dans toute son œuvre la présence du réel de l’histoire et du réel de la société. Stendhal qui se réclame du réel ne cesse d’en rappeler les prérogatives (le roman-miroir à la neutralité variable), mais il ne l’admet souvent qu’après stylisation et à certaines conditions. Le réel dont il s’est fait une règle n’est pas celui des réalistes, ni même celui des naturalistes, et dans ses romans en forme de chroniques, qui d’ailleurs ignorent les banalités de l’existence, le réel « plat en fangeux » est éliminé, la violence du laid bannie, les « réalités atroces » censurées. Dans la poétique stendhalienne, on examinera la saisie ou le discours du réel qui suppose toujours un choix entre divers détails, ces fragments qui montrent ce que le réel a de particulier et d’unique. Ainsi le roman peut atteindre « un vrai un peu détaillé », car « il n’y a d’originalité et de vérité que dans les détails ». Ce sont les modalités de cette rhétorique du réel chez le romantique Stendhal qu’on examinera.

Propositions de communication à adresser par courriel
avant le 25 février 2019, à :
Michel Crouzet :mj.crouzet@wanadoo.fr
Michel Arrous :michel.arrous@gmail.com
Didier Philippot : philippot.didier@wanadoo.fr

Stendhal et l’esprit Colloque organisé par Stendhal Aujourd’hui

STENDHAL ET L’ESPRIT

Colloque organisé par Stendhal Aujourd’hui
Avec la collaboration de HB Revue internationale d’études stendhaliennes

23 et 24 mars 2018, Université Paris-Sorbonne-Paris IV

Appel à contribution

Sans doute est-ce une banalité que de voir dans Stendhal un écrivain spirituel… Mais s’impose d’abord l’ascendant du Stendhal légendaire, homme et auteur, qui a fasciné, parfois au détriment de son œuvre, ses familiers, ses contemporains et tout le XIXᵉ siècle. Cet esprit paradoxal ne manqua pas d’admirateurs : « homme spirituel » (Petetin), « homme d’esprit » (Bussière), « homme de beaucoup d’esprit » (Frémy), « spirituel auteur […] narguant d’ailleurs le solennel et le sentimental, brillant, aventureux, taquin, assez solide à la riposte, excellent à l’escarmouche » (Sainte-Beuve), tandis que dans « cet étrange esprit » Barbey verra un « excentrique prémédité » doublé d’un mystificateur « retors ».
Pour le personnage « Stendhal », l’esprit c’est le plaisir d’improviser, de se livrer à une activité naturelle et gratuite en usant d’une rhétorique du caprice, spontanée, libre et désinvolte, mais non sans motif, afin d’échapper à l’empire des convenances (le « principe triste », la « tyrannie de l’opinion », la bêtise et l’ennui). Pour le Moi, c’est la possibilité d’être soi, c’est-à-dire de penser par soi-même, de se distinguer face à l’uniformisation en cours dans la monarchie constitutionnelle, ce régime où l’on s’ennuie. C’est aussi s’inscrire dans la tradition française  ̶  l’esprit serait sans trait en Italie, impossible en Angleterre par la faute du cant, ou dans l’Amérique sous l’emprise de la grossièreté et de la pudibonderie –, dans laquelle l’esprit railleur et gai est un fait de mœurs, un style ; une tradition hostile au pédantisme voire à la raison, qui veut qu’on ne se prenne pas au sérieux pour l’être, au risque de passer pour cynique ou méchant, ou d’en être la première victime (« Esprit perd préfecture »). Mais cette grâce propre à la société de plaisir d’avant la Révolution où dominaient le bon ton et le savoir-vivre aristocratiques, l’époque bourgeoise n’a pas su la retrouver faute de comprendre la galanterie et la courtoisie, le sens de la conversation, l’art de conférer et de plaire. L’exemple des coteries parisiennes et de la suffisance provinciale confirme la perte des plaisirs de l’esprit. Alors, que devient l’esprit dans la marche de la « civilisation » ?
À la fois homme d’esprit et homme de l’esprit, l’ « auteur Stendhal » en pratique toutes les vertus, d’abord pour se garder de la « haine impuissante », mais surtout pour dire la vérité en se jouant, sans amoindrir le rapport de la littérature au réel. Chez Stendhal qui veut une littérature de l’esprit, le roman est une œuvre de l’esprit où sans cesse interviennent l’esprit des personnages, l’esprit de l’auteur et celui du lecteur. (À propos de Julien, Taine note : « Quant à l’esprit, Beyle lui a donné le sien, c’est tout dire. » Du marquis de La Mole, on connaît l’esprit impénitent et transgressif ; du banquier Leuwen, on a dit qu’il était l’esprit incarné, et de Lucien qu’il savait aussi jouer l’homme d’esprit ; dans la Chartreuse, où règne l’esprit « toujours un peu cousin du jacobinisme », le Prince a de « l’esprit littéraire »). Dans la fiction romanesque, le récit de voyage et les journaux intimes, où fourmillent bons mots et anecdotes exemplaires, on explorera les stratégies de l’esprit excitateur et subversif en lutte contre le faux et le convenu, ses rapports avec l’art de ridiculiser et l’ironie, avec le naturel et l’émotion, mais aussi dans le personnel comique la crainte de l’esprit, l’esprit appris, l’esprit mondain, et la « fureur de faire de l’esprit à tout propos » stigmatisée dans Lucien Leuwen. On examinera la mise en œuvre de l’esprit et tous les aspects de ce jeu supérieur rebelle à tous les pouvoirs.
Propositions de communication à adresser par courriel, avant le 7 janvier 2018, à :

Michel Crouzet : mj.crouzet@wanadoo.fr

Michel Arrous : michel.arrous@gmail.com

Didier Philippot   : philippot.didier@wanadoo.fr

Stendhal et les « valeurs républicaines » Colloque international

STENDHAL AUJOURD’HUI
HB  Revue internationale d’études stendhaliennes
COLLOQUE INTERNATIONAL
24 et 25 mars 2017

Université Paris-Sorbonne-Paris IV
Maison de la Recherche de Paris-Sorbonne
28, rue Serpente, 75006 Paris

STENDHAL ET LES « VALEURS RÉPUBLICAINES »

Appel à communication

Comme le mot d’ordre du moment est au rassemblement autour des « valeurs républicaines », ce colloque propose un retour à Stendhal politique, historien et sociologue, plus précisément au   « républicain virtuel » doutant de l’idéalisme républicain dans lequel il voit un moralisme qui prétend  « repétrir » les Français. Ses goûts et ses préjugés aristocratiques n’ont pas empêché le « libéral » qu’il était de se réjouir de l’égalité de tous les citoyens – il voulait le bonheur du peuple mais disait en même temps ne pas pouvoir le supporter  ̶  et de réfléchir aux éléments du bonheur social dans la France révolutionnée. Il sait que la République n’est pas libérale, par   trop ascétique ou morose à son goût, et que la liberté politique ne va pas sans contraintes. Au premier rang des « valeurs républicaines », il place la liberté qui suppose un effort sur soi, sans exclure l’affirmation d’un moi singulier constamment revendiquée. Contrairement à l’idéologie industrialiste, ces valeurs devraient permettre d’échapper à l’emprise de l’argent et à la généralisation de l’égoïsme moderne auquel se réduit l’idéal bourgeois.
Persuadé que le régime démocratique est le meilleur puisqu’il assure le « bonheur du plus grand nombre », Stendhal lecteur de Montesquieu (« l’amour de la démocratie est celui de l’égalité ») médite l’exemple américain plutôt désespérant et s’interroge sur les conditions et les modalités d’une vraie vie démocratique : la liberté, mais à quel prix ? comment vivre ensemble et échapper à la tyrannie de la démocratie qui égalise les hommes, à « l’effet de l’idée nivelante » qui réduit le plaisir à la loi ? Qu’en est-il  alors du bonheur individuel, de la vie selon le cœur ?
Dans sa carrière de penseur et de romancier, on évoquera sa mise en question de l’homme moderne,  sa conception de l’exercice de la volonté générale, en quoi il se distingue de libéraux comme Constant et Tocqueville, et sa lucidité face à « la grande machine de la civilisation » qui assurerait la liberté politique mais supprimerait la passion.

Propositions de communication à adresser par courriel
avant le 9 janvier 2017, à :

Michel Crouzet          : mj.crouzet@wanadoo.fr
Michel Arrous            : michel.arrous@gmail.com
ou Didier Philippot    : philippot.didier@wanadoo.fr

Stendhal: bonheur et mélancolie

STENDHAL AUJOURD’HUI
H B Revue internationale d’études stendhaliennes

COLLOQUE INTERNATIONAL
18 et 19 mars 2016
Université Paris-Sorbonne-Paris IV

STENDHAL : BONHEUR ET MÉLANCOLIE

 

À la différence des « philosophes chagrins », Stendhal n’a cessé de réfléchir à « ce son si rare nommé bonheur » et à une méthode pour l’atteindre et le pratiquer comme un art de vivre procurant un équilibre moral à qui sait « se rendre indépendant des circonstances », à qui sait tirer le maximum de profit de tout événement et garder intact le sentiment des choses que la haine, la jalousie ou l’envie corrompent. On pensera au bonheur des « délicieuses rêveries » sur l’Arioste et La Nouvelle Héloïse, à l’aptitude du sujet sensible conscient de son bonheur, alors le bonheur devient moyen de connaissance – le Beyliste formule une science du bonheur dont le premier impératif est d’être soi −, aussi bien qu’à sa dimension politique (laissez-nous être ce que nous sommes). Au bonheur que l’on conquiert on doit ajouter le bonheur intime du ravissement silencieux devant les luoghi ameni, quand le souvenir du bonheur de vivre se mue en bonheur d’écrire.
Si le bonheur est d’abord une présence heureuse à soi et au monde, son secret ne serait-il pas d’inclure une dose de malheur ? Pour Stendhal, comme il y a une composante mélancolique de la beauté, il y aussi une composante mélancolique du bonheur : au risque d’être nul, le bonheur ne peut être pur. Se retrouve chez lui, héritée du XVIIIe siècle, une pensée du bonheur que double une pensée de l’inquiétude ou de l’incomplétude. La théorie des tempéraments de Cabanis qui rattache l’inquiétude au caractère mélancolique, Stendhal se l’approprie et fait de la mélancolie la condition du génie. Son beau idéal moderne, sa théorie des passions et, plus généralement, son esthétique et sa conception du romanesque sont sous le signe d’une mélancolie sans emphase ni narcissisme, une mélancolie qui n’empêche pas de vivre avec énergie.
On explorera les configurations de cette double topique dans l’œuvre de Stendhal.

Proposition de communication à adresser par courriel avant le 9 janvier 2016, à :

Michel Crouzet : mj.crouzet@wanadoo.fr
Michel Arrous : michel.arrous@gmail.com
ou Didier Philippot : philippot.didier@wanadoo.fr

Stendhal en mouvement

L’Association des Amis de Stendhal organise les 10 et 11 décembre 2015 un colloque à Paris (Fondation Singer Polignac) sur le thème:

STENDHAL EN MOUVEMENT

-dans l’espace: Stendhal voyageur, poétique stendhalienne du voyage;

-dans le temps: navigations stendhaliennes entre le procès-verbal du présent français, la mythification du passé italien et le pronostic d’un avenir américain;

-dans les idées: fluidité d’une pensée toujours à l’état naissant, qui disqualifie toute coagulation et pratique une porosité systématique;

-dans les arts: tranversalités esthétiques entre littérature, peinture et musique;

-dans l’écriture: morale et style de l’improvisation et de la vitesse.

Les Actes seront publiés en ligne et dans L’Année stendhalienne.

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 1er décembre 2014 à: philippe.berthier@wanadoo.fr

Stendhal et le récit bref

 STENDHAL AUJOURD’HUI
HB. Revue internationale d’études stendhaliennes

COLLOQUE INTERNATIONAL
7 et 8 février 2015
Université Paris-Sorbonne-Paris IV
Maison de la Recherche de Paris-Sorbonne
28, rue Serpente, 75006 Paris

STENDHAL ET LE RÉCIT BREF

Avant de devenir romancier, Stendhal a été un conteur – « Vous excellez à conter » lui a dit Jacquemont −, qui, sans doute pour se garder de l’arbitraire romanesque ou d’une relative fausseté du roman, n’a cessé de pratiquer le récit bref.
S’il n’est pas le roman, le récit bref, par exemple Vanina Vanini ou San Francesco a Ripa, lui est néanmoins lié. On peut le voir comme un laboratoire du roman car il offre souvent la trame d’un roman possible, mais aussi comme une unité narrative autonome. On le considérera sous ses diverses formes, telles les vies d’artistes racontées dans l’Histoire de la peinture, ou, dans les voyages en France et en Italie, les traits brefs, les plaisanteries, les fragments, les scènes, et les anecdotes dont joue comme d’un argument le narrateur qui a une culture de l’anecdote, spécificité française qui privilégie les faits particuliers sur les faits généraux. À côté des anecdotes « curieuses », « plaisantes », « exactement vraies », parfois jugées supérieures aux romans et dont le Touriste se montre aussi avide que le romancier (Claudel trouvait « ineptes » celles de La Chartreuse de Parme), il y a les chroniques – les récits tragiques, ceux venus des manuscrits italiens et ceux intégrés au roman ou qui l’escortent (les allusions à l’histoire de Gabrielle de Vergy, à celles d’Israël Bertuccio, de La Mole et Coconasso, de la reine Marguerite dans Le Rouge et le Noir) −, et les nouvelles car le romancier Stendhal a contribué à l’invention de la nouvelle romantique, avec Mérimée dont on connaît la prédilection pour l’anecdote et le choix du récit court.
Le programme du colloque n’exclut aucun des aspects de ce mode narratif tel que le pratique Stendhal. On relèvera ce qui le rattache à la tradition mondaine et littéraire du XVIIe siècle (l’art de raconter, Scarron) et aux   pratiques de la presse satirique du XIXe. On évoquera ses choix (« J’ai rapporté cette histoire de préférence à plusieurs autres également authentiques »), l’emplacement dans le texte et la mise en scène, qu’il s’agisse de récits enchâssés ou de récits apparemment excentriques en forme d’intermèdes aux confins du roman (la vie du lancier Ménuel racontée « par forme d’épisode » dans Lucien Leuwen), de récits dont le développement lui fait craindre que le charme de l’oralité ne s’évanouisse à l’écrit, ou bien des récits lapidaires, à peine esquissés, mentionnés mais non racontés (le duel de Julien « fini en un instant »), sans oublier les vieux récits italiens utilisés parfois à l’infini.
On peut décrire la poétique stendhalienne du récit bref à partir de ses caractéristiques formelles  (structure, longueur, durée narrative) et des thèmes traités (ils diffèrent de ceux des romans). Stendhal se livre  à un exercice de réécriture ou de recréation par adaptation, transposition ou actualisation (« Je remplace la sauce de 1660 par un peu de celle de 1830 », pour Le Philtre) qui obéit à la loi de l’effet et du contraste avec la plate modernité. Qu’il y ait simple transcription (Stendhal dit de Vittoria Accoramboni que c’est une « traduction fidèle ») ou invention, on étudiera dans cette catégorie générique les rapports qui se nouent entre l’anecdote significative, récit d’un seul fait, la nouvelle, récit d’« un événement inouï et qui a eu lieu » (Gœthe), ce qui implique brièveté et restriction afin d’assurer l’intensité dramatique, et la matière romanesque.

Proposition de communication à adresser par courriel, avant le 5 janvier 2015, à :

Michel Crouzet, mj.crouzet@wanadoo.fr
Michel Arrous, michel.arrous@gmail.com
ou Didier Philippot, didier.philippot@wanadoo.fr

Le suspense dans l’oeuvre narrative de Stendhal

STENDHAL AUJOURD’HUI
Société internationale d’études stendhaliennes
HB Revue internationale d’études stendhaliennes

Colloque international, 7-8 février 2014
Université Paris-Sorbonne-Paris IV

LE SUSPENSE DANS L’ŒUVRE NARRATIVE DE STENDHAL

Si le roman moderne, au risque de devenir narcissique, tend à éliminer l’action, le roman stendhalien, avant que le discours du réel ne l’emporte comme chez Balzac, Zola ou les Goncourt, la privilégie. Pour Stendhal, au commencement est l’action. C’est à partir de l’indispensable action que la psychologie se développe. L’action ou l’aventure, rythmée par des événements imprévus, des dissonances qui sont autant de possibles narratifs dans la destinée des personnages, contribue au plaisir du roman. Dans les romans de Stendhal, à l’exemple de La Princesse de Clèves, l’analyse et l’action sont confondues, qu’il s’agisse de moments où l’action est immédiate, aussi bien que de ceux où elle est suspendue ou s’atténue. Il y a donc des temps de l’action, et toujours une valorisation de l’action qui mobilise toutes les forces de l’individu.
On pensera bien sûr, mais pas exclusivement, aux instants de suspense dans Le Rouge et le Noir, à l’aspect passionnel de l’incertitude, au doute dans l’amour, à tous les procédés de dramatisation, à la pratique de l’ellipse ou à l’esthétique de l’oxymore.
La réflexion ne se limitera pas aux textes fictionnels (romans, nouvelles, achevés ou non) ; on pourra interroger l’autobiographie et les récits de voyages avec leurs anecdotes et leurs nouvelles enchâssées.

Propositions de communication à adresser, avant le 9 novembre 2013, à :

mj.crouzet@wanadoo.fr
michel.arrous@gmail.com
philippot.didier@wanadoo.fr

L’Année stendhalienne 14 (2015)

L’Année stendhalienne 14 (2015) aura pour thème:  STENDHAL / 1830.

Il s’agira d’une coupe dans la vie de Stendhal , envisagée  librement dans tous ses aspects au cours de ce millésime bien  particulier: activité littéraire ( Mina de Vanghel, Le Philtre, Le Coffre et le Revenant, Le Rouge et le Noir), vie sentimentale (Alberthe de Rubempré, Giulia Rinieri), vie sociale (Mérimée, Delacroix,les Ancelot, Sainte-Beuve, Hugo), déplacements (voyage à Honfleur), et bien entendu la Révolution et Trieste.

Faites-moi parvenir vos propositions avant le 1er Mai. Les textes seront à remettre pour le 1er septembre 2014.

Philippe Berthier

Stendhal et l’aristocratie

STENDHAL AUJOURD’HUI
HB Revue internationale d’études stendhaliennes

Colloque international 25-26 mars 2011
Paris, INHA

STENDHAL ET L’ARISTOCRATIE

L’objectif de ce colloque est d’étudier la place, le rôle et les divers aspects de l’aristocratie dans l’œuvre de Stendhal.
Les goûts aristocratiques ou la ducomanie de Stendhal, son attirance pour l’aristocratie « quand elle n’est pas étiolée », n’atténuent en rien la condamnation absolue qu’il prononce à son encontre. Du point de vue politique, elle est à ses yeux une absurdité sous la forme d’un régime insupportable fait d’arrogance, d’insolence et d’égoïsme. Chroniqueur ou romancier, Stendhal n’a pas cessé de relever les ridicules du faubourg Saint-Germain dont il n’a jamais régulièrement fréquenté les salons, et de dénoncer l’avilissement du « parti aristocratique ». Comme chez  Tocqueville, on est en présence d’une véritable sociologie de cette caste capable de toutes les faussetés et de tous les vices, mais aussi capable de vivre à une hauteur morale peu commune, spontanément idéaliste, même s’il lui arrive d’être loin de la vie et comme happée par le vide. Mais dans le monde moderne, ses qualités sont des faiblesses.
Il y a chez Stendhal une évidente dichotomie entre l’aristocratie comme classe, qui se dégrade quand elle se montre aussi avide que la bourgeoisie, et les personnages aristocratiques. A quelques exceptions près, ses représentants masculins, obsédés par le maintien de leurs privilèges et oublieux des valeurs chevaleresques, sont bien inférieurs aux grandes dames de la « bonne compagnie ». La plupart des héroïnes de Stendhal appartiennent à l’aristocratie, sans doute parce que n’est désirable, c’est-à-dire aimable, que la femme du monde. Selon Stendhal, la femme aristocratique est définie par le dépassement de soi et la générosité : la pieuse Louise de Rênal ou l’arrogante Mathilde, aussi bien que par le caprice et l’esprit : la pimpante Mme d’Hoquincourt, à mille lieues de Mme de Fervacques, la fausse aristocrate.
L’aristocratie, traditionnellement liée à la terre et donc au refus du progrès, c’est aussi ce qui est stable dans une société en mouvement. A la différence de Balzac, Stendhal, qui ne privilégie pas la figure du propriétaire foncier – le marquis de La Mole ne daigne pas s’occuper de ses terres – condamne la fortune terrienne, d’où l’intérêt qu’il porte à la fortune mobilière – chez lui, le personnage du banquier est un personnage positif −, même s’il juge inférieure l’aristocratie d’argent. Aussi n’épargne-t-il pas le commandeur de Soubirane qui joue à la bourse !
D’autres aspects pourront être évoqués, particulièrement l’écriture aristocratique (le fameux style « grand seigneur ») et, bien sûr, cette aristocratie littéraire que constitue la « classe pensante » et la question de son public : qui serait bon juge des œuvres de l’esprit ?

Propositions de communication à adresser par courriel, avant le 15 janvier 2011, à M. Crouzet et M. Arrous.